En France, la Révolution populaire du 10 août 1792 renversait la Constitution esclavagiste de 1791, fondait la République et les institutions démocratiques. La Convention était élue au suffrage universel. Nouvelle donne.
VERS L’ALLIANCE DES DEUX RÉVOLUTIONS
Polverel et Sonthonax, commissaires
civils, atteignaient St-Domingue en septembre. Chargés d’appliquer
le décret du 4 avril, ils formèrent les gardes nationales
de couleur et préparèrent les élections des nouvelles
assemblées locales. Le lobby colon ralluma la guerre civile.
Une nouvelle alliance se construisait
entre les commissaires civils, des libres de couleur et une partie des
armées d’esclaves. Depuis février 1793, l’Espagne tenta de
déjouer cette alliance, prenant le parti des esclaves. Toussaint
négocia la liberté générale avec l’Espagne,
essuya un refus, comprit la manœuvre, en profita et constitua sa propre
armée indépendante. C’est alors qu’il prit le nom de Louverture.
EN FRANCE, LA SOCIÉTÉ DES CITOYENS DE COULEUR PRÉPARE L’ABOLITION…
Depuis le 10 août 1792, cette
Société informait sur la Révolution dans les colonies.
Le 17 mai 1793, elle publia une Adresse réclamant un décret
d’abolition immédiate et des mesures d’accès à la
propriété pour les nouveaux libres.
Son projet d’abolition fut présenté
en juin à la Convention et soutenu par le fidèle Grégoire,
les Jacobins, la Commune de Paris. Elle créa le drapeau de la révolution
dans les colonies : tricolore mais sur chaque couleur un homme peint, un
noir sur le bleu, un blanc sur le blanc, un métis sur le rouge,
signifiant la destruction de la société coloniale, la liberté
générale, l’égalité de l'épiderme. Sa
devise: L’Union fera notre force. La délégation était
conduite par Jeanne ODO, âgée de 114 ans, symbole de l’humanité
africaine.
La Constitution du 24 juin 1793
interdit l’esclavage. C’est la seule constitution française à
ne pas être colonialiste.
L’ABOLITION A SAINT-DOMINGUE : ÉTÉ 1793
Le 22 juin 1793, au Cap, le gouverneur
Galbaud prit les armes contre Polverel et Sonthonax, et allait les battre
lorsque, descendant des mornes, des armées d’esclaves prirent la
ville et sauvèrent les commissaires civils. Cette victoire entraîna
la fuite de 10 000 colons, mettant fin à leur domination dans l’île.
C’était la première
ville que les esclaves prenaient depuis 1791. Ils y restèrent et
délibérèrent sur les modalités de la liberté
générale. Le 24 août ils portèrent leur décision
à Sonthonax qui s’y rallia le 29, suscitant la rupture avec une
partie des libres de couleur hostiles à l’abolition.
Le 24 septembre, les nouveaux citoyens du Cap élisaient LA DÉPUTATION DE L’ÉGALITÉ DE L’ÉPIDERME pour siéger à la Convention : 3 noirs, 3 blancs, 3 métis furent élus.
UNE NOUVELLE GUERRE SE PRÉPARE
Déjà, le 19 septembre,
800 soldats anglais débarquaient à Jérémie
à l’appel des esclavagistes en ces termes :
“Les colonies ne sont point établies
pour devenir le théâtre des vertus républicaines, ni
pour procurer le plus grand développement des connaissances humaines,
mais, seulement pour que les colons fassent le plus de denrées possibles
et au meilleur marché possible”.